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Maison de retraite : soins requis et soins réellement réalisés selon le taux d'encadrement

Dans un document publié début avril, la Fédération hospitalière de France (FHF) et le Syndicat national de gérontologie clinique (SNGC) présente des fiches à destination des usagers et des familles pour comparer les soins réalisés en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) selon leurs taux d'encadrement.


Il est également annoncé le lancement d’un guide "l'Ehpad expliqué", qui sera mis à disposition des personnes hébergées dans les établissements et de leurs proches, pour expliquer le fonctionnement et les prestations des structures et faire état des difficultés auxquelles elles sont confrontées en termes d'encadrement en personnels.

 

Alors que la circulaire budgétaire médico-sociale du 13 février 2009, qui fait réellement craindre une restriction des moyens, est fortement contestée, ce document  met en exergue le faible niveau de prestations en soins auquel on peut s'attendre dans des établissements insuffisamment dotés en personnels afin de rendre "lisibles" ces carences auprès des usagers et des familles.


Pour FO, Indépendamment de notre propre enquête EPHAD, publiée, le 18 mai 2009, les deux principaux ratios, décrits ci-dessous soit 0,6 ou 0,3 pour un résident, présentés dans l’étude, représentent un intérêt dans notre démonstration. Ils confirment que les établissements sont très loin du ratio de 1 par résident que nous visons.

 

Six fiches thématiques, ont été élaborées "à partir de retour de terrain par des cadres soignants et des médecins pour un profil Ehpad dont la charge en soins est importante", pour étudier le différentiel entre les soins requis et les soins réellement réalisés selon le taux d'encadrement.


Les différentes thématiques des fiches portent sur :


-          les soins d'hygiène,

-          la continence,

-          l'alimentation,

-          la sécurité pour le résident et la prévention de la perte d'autonomie,

-          l'entretien de l'environnement de vie

-          les soins palliatifs et l'accompagnement de la fin de vie.


Dans chacune des fiches, les recommandations, issues du guide des bonnes pratiques de soins en Ehpad élaboré par la Direction générale de l'action sociale (DGAS) et de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG) d'octobre 2007, sont rappelées.


Avec un ratio de 0,6 soignant

 

Pour chaque thème, le document présente une colonne avec des soins réalisés avec un ratio de 0,6 soignant par résident.


Ce taux, note le document, est celui "d'un certain nombre de structures publiques au sein desquelles les résidents peuvent requérir un niveau de soins importants en raison d'une forte perte d'autonomie ou de polypathologies", tels que les établissements, anciennement unités de soins de longue durée (USLD), requalifiés en Ehpad ou pour des Ehpad rattachés à des établissements de santé qui accueillent des personnes âgées en suite d'hospitalisation.

 

Avec un ratio de 0,3 soignants

 

Une seconde colonne présente les soins réalisés avec un ratio de 0,3 soignant par résident.

 

Ce taux est "un taux moyen et correspond plus souvent à des Ehpad dont le profil est dit 'moins lourd' ou 'moins sanitaire'".

 

Il correspond également aux taux d'encadrement des structures, dont le taux est habituellement à 0,6 soignant par résident, lorsque l'absentéisme est fort (week-end, congés annuels, absentéisme pour maladie ou accidents du travail, ou absence pour usure des professionnels sur le terrain).


Dans les faits, note l’étude, les taux d'encadrement soignant, c'est-à-dire :

-          aide-soignant (AS),

-          aide médico-psychologique (AMP)

-          infirmière diplômée d'état (IDE),

sont en moyenne de 0,27 pour l'ensemble des Ehpad adossés à des établissements de santé et de 0,25 pour les Ehpad autonomes.

 

 

Qu’en est-il des soins requis et les soins réellement réalisés 

selon le taux d'encadrement (soit 0,6 ou 0,3 soignant/résident) ?


1°/ S'agissant des soins d'hygiène :

 

-          avec un ratio de 0,6 soignant par résident, un bain peut être donné tous les 15 jours et une toilette adaptée par jour peut être réalisée. Le suivi de l'état cutané, la prévention des escarres et les soins de nursing journaliers peuvent être accomplis.

 

-          avec un ratio de 0,3 soignant, le bain n'est pas donné tous les 15 jours et la toilette est souvent partielle, effectuée avec plus de rapidité dans les gestes et au lit. Les soins de nursing sont succincts.


Alors que deux tiers des résidents en Ehpad nécessitent des soins bucco-dentaires, l'entretien de la prothèse dentaire n'est assurée que de façon irrégulière dans les établissements avec un ratio de 0,3 soignant, en total décalage avec les recommandations de bonne pratique, qui suggèrent de "brosser tous les jours avec une brosse adaptée, d'immerger le soir les prothèses dans un produit désinfectant, de les rincer, de les laisser sur une compresse la nuit" et de les "nettoyer aux ultrasons une fois par semaine".


2°/ Concernant l'alimentation :

 

-          avec 0,6 soignant, le respect du temps entre le dîner et le petit-déjeuner n'est pas réalisable systématiquement, mais les repas sont servis en salle à manger le midi avec un suivi par une diététicienne. Le temps accordé au repas le soir est insuffisant mais les apports hydriques sont assurés par boissons ou perfusions sous-cutanées.

 

-          avec un ratio de 0,3 soignant, l'établissement ne peut pas respecter le temps entre le dîner et le petit déjeuner, le laps de temps étant "trop long". Le temps de repas est généralement diminué et il existe des difficultés du suivi hydrique, qui obligent le plus souvent à recourir aux perfusions sous-cutanées.

 

 

3°/ Quant à la sécurité et la prévention de la perte d'autonomie, elle est aussi mieux assurée lorsque les soins sont réalisés avec un ratio de 0,6 soignant par résident.

 

Avec un taux de 0,3 soignant par résident, les déplacements et transferts sont faits à la place du résident.

 

"Quand on est à 0,6, on peut essayer de respecter les capacités de la personne. Mais à un ratio de 0,3, le temps de réponse aux demandes est beaucoup trop long", affirme Andrée Barreteau, responsable du pôle organisation sanitaire et médico-social à la FHF, lors de la présentation du document à la presse.

 

Dans ce dernier cas, "on ne va pas laisser la personne aller choisir ses vêtements dans le placard et descendre seule à la salle à manger".

 

 

4°/ Concernant l'entretien de l'environnement de vie, comme le ménage, il ne peut être réalisé régulièrement même avec un taux de 0,6 soignant par résident. Avec un taux de 0,3, le "petit ménage", les "vitres" et l'entretien "à fond" ne peuvent être réalisés, augmentant ainsi le risque d'infections nosocomiales.


5°/ Pour ce qui est de  prévention de l'incontinence, qui concerne pourtant 50% des résidents, est aussi plus difficile avec un ratio d'encadrement plus faible. "Quand on est à 0,3, vous pouvez être sûr que votre parent va perdre sa continence", a affirmé la vice-présidente du SNGC.


Décrire ce qui ne peut pas être mis en œuvre

 

Ces fiches permettent de "repérer les prestations qui peuvent être délivrées au regard d'un taux d'encadrement donné" mais "ne peuvent décrire la qualité de ce qui est réalisé", l'objet étant "bien ici de décrire ce qui ne peut pas être mis en oeuvre, ce qui constitue une possible perte de chance pour la personne âgée".


Ce bilan est d'autant plus sévère que les rédacteurs du document estiment que même avec un ratio de 0,6, les établissements ne peuvent pas remplir les recommandations de la DGAS.

 

Rappelons que le plan Solidarité grand âge [de 2006] prévoyait un ratio de 1 [professionnel] pour 1 [résident]. On en est encore loin et nous mesurons tous les conséquences d’un  ratio inférieur : à 0,6, on ne peut pas remplir correctement la prise en charge et à 0,3.  Cela  sera encore moins le cas  !


"Il faut que les pouvoirs publics se rendent compte" du décalage qui peut exister entre "les recommandations et ce qui se passe sur le terrain", déclare Andrée Barreteau. En ajoutant : "Déjà, avec un ratio de 0,6, les directeurs d'établissements ne peuvent pas remplacer les départs en retraite. Avec cette circulaire budgétaire (de février 2009), on sera tout le temps en mode dégradé".

 

En conclusion, FO ne peut que confirmer ce point de vue. Sur la base des résultats de notre enquête, la Fédération FO a décidé de prendre rendez-vous avec le cabinet de Mme LETARD, Secrétaire d’Etat à la Solidarité nationale, pour exiger les moyens nécessaires afin de garantir une prise en charge digne pour les personnes âgées et des conditions de travail décentes pour les personnels. Conditions que l’on est en droit d’attendre.

 

Le secrétariat fédéral

Le 18 mai 2009
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